Wols Circus / mercredi 30 novembre à la Maison rouge

« La nécessité m’est advenue de généraliser tous mes problèmes pour le but inconnu de ma vie ; j’ai donc créé une hypothèse que j’appelle Circus Wols. Je crois ce nom logique parce que le cirque contient toutes les possibilités d’être une centrale de mes occupations.» (Wols, in aphorismes)

«Des ébauches, je veux dire des coups de sonde ou de butoir donnés dans tous les sens du hasard, de la possibilité, de la chance, ou de la destinée. Je n’ai pas cherché à y soigner mes traits ou mes effets, mais à y manifester des sortes de vérités linéaires patentes qui vaillent aussi bien par les mots, les phrases écrites, que par le graphisme et la perspective des traits. C’est ainsi que plusieurs dessins sont des mélanges de poèmes et de portraits, d’interjections écrites et d’évocations plastiques d’éléments.» (Artaud)

Tôt disparu en 1951, Wols laisse devant lui une œuvre qui garde l’intensité d’un rocher. Elle se tient comme une étoile sans projet,  explosante fixe dans le ciel des arts. S’il fut musicien, photographe, peintre, graveur, écrivain (ce ne sont sans doute pas là des dénominations qui conviennent), s’il fut traversé par les courants et formes de son temps (le surréalisme et ses environs), Wols continuera surtout à sourdre par la charge de son trait. Il ne s’agit pas de dessin au sens connu, mais d’un geste qui consume la forme à mesure qu’il la découvre. Il s’agit d’un trait doué d’une vie propre, engagé sur des voies comparables à celles qui prendront plus tard les noms de Fluxus ou de la musique improvisée.

Wols aura sondé les arêtes du monde en quelques soixante gravures qui ont retrouvé dans le cuivre les méandres d’architectures et d’organismes fossilisés. L’incision y est poussée dans ses plus intimes inflexions jusqu’à se confondre avec la poussière du papier. Diversité des espèces du trait comme s’obtient dans la musique une infinité de sons suivant la manière de faire vibrer une même corde.  Le trait de Wols est doué d’une tessiture musicale.

De là vient que Joëlle Léandre a spontanément trouvé en lui un frère d’âme (comme elle aime à le dire). Et dans ses gravures autant de partitions. Ils ont en partage un même sens du cirque qui laisse passer sans discontinuer du burlesque au grave, de Bach à ses virements au banjo. Une même disposition à l’improvisation, à bifurquer soudain. Il existe de surcroit une connivence souterraine entre leurs instruments, une tonalité commune à leur geste d’inciser et de manier la corde. Fraternité qui appelle Joelle Leandre à faire résonner les géographies de Wols dans la caisse de sa contrebasse. Tension des cordes, grattements, vibrations dans la basse, poussière d’encre et éclats.

En prenant pour partition 12 gravures qu’elle réécrit pour son instrument, Joelle Leandre décide de composer au lieu d’improviser. Une improvisatrice écrit pour un improvisateur, lit et transcrit ses improvisations graphiques. Pour faire de la musique regarder Duchamp disait Cage.

Testicus Lafarge

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